Francophone

La version originale de cet article a été publiée dans NRC Handelsblad (journal néerlandais) du 17 mars 2007.

Peter IJpelaar s’est installé en France à la campagne avec sa femme. Il croît qu’il parle français…


En néerlandais, on donne à une prise électrique le nom de “stopcontact”.

“Stop…contact…” Ça faisait longtemps que Christian, notre électricien, n’avait pas entendu un mot aussi amusant, et il en rigole encore quand il plante sa fraiseuse dans l’un des gigantesques blocs de rocher avec lesquels notre maison a été construite. Après coup, cela tient du miracle que notre ferme à la campagne française soit devenue si belle. En tout cas, nous ne le devons pas à notre maîtrise de la langue, car il n’était pas évident d’expliquer à nos rugbymen avec les quelques mots appris au lycée, tout en bredouillant et en bégayant, que nous voulions qu’ils fassent les travaux exactement de cette façon et pas d’une autre. Mais c’est en forgeant qu’on devient forgeron, c’est bien connu. 
LES GRUES  PASSENT
Il me faut interrompre ce récit un instant. Dehors, on entend des glapissements comme ceux d’une meute de chiens. Je vais voir ce qui se passe. Venant du sud et volant par-dessus les Pyrénées, des oiseaux passent très haut dans le ciel, formant un V parfait. J’y vois comme un peloton de cyclistes, les costauds devant, les équipiers, et pas un qui soit à la traîne. Leur jappement est incessant. Passionné, je vois les vols se succéder, ce sont là des milliers d’oiseaux et ce phénomène qui m’est complètement inconnu m’émeut jusqu’au plus profond de moi. Christian, l’électricien, me l’explique : ce sont des grues, elles reviennent d’Afrique centrale et sont en route vers leur pays natal en Scandinavie. Leur vitesse de croisière est de soixante-dix kilomètres à l’heure, quant à leur envergure, il étend les bras le plus loin possible: deux mètres. Les gens ici interrompent leur travail pour regarder ces oiseaux mythiques, car ils sont les clairons du nouveaux printemps. Les grues le savent très bien: l’hiver était anodin et il est fini.
 
Notre brouette a été volée alors que nous venions de l’acheter, un bel exemplaire vert avec deux roues gonflées au lieu d’une seule. Tout comme aux Pays-Bas, voler ici ne se fait pas, et de plus, c’est très rare dans cette région. Nous nous plaignons auprès de Marc, le voisin, dont les champs entourent notre maison. Il nous écoute avec beaucoup d’intérêt, car le vol est une affaire grave. Malheureusement, nous confondons deux mots : chouette et brouette, et alors, le haussement de ses sourcils est impressionnant, on dirait tout à fait Yves Montand, quand Emilie lui explique quel tour de cochon on nous a joué. O là, là, qu’ils sont bizarres, ces Hollandais ! On devine ses pensées : des chaussures en bois, des tulipes, des coffeeshops, et maintenant une chouette comme animal domestique, mais bon, pourquoi pas ? « Et nom d’un chien, on venait de l’acheter chez Mr. Bricolage », dit Emilie, toute scandalisée. « Quoi ? Est-ce qu’on vend des chouettes chez Mr. Bricolage ? » demande le voisin. « Je ne le savais pas » « De toutes sortes et de toutes tailles », je lui réponds, et puis, puisant au fond de mes connaissances du français : « Donc si vous trouvez chouette dans champ avec bac vert et deux pneus, vous me dire, d’accord? »

LA PETITE FEMME AUX ŒUFS
Quand l’obstacle de notre vocabulaire limité a été plus ou moins surmonté, il faut ensuite nous battre avec l’accent gascon quand il est marmonné, comme chez Yvonne, notre voisine. Elle vit toute seule dans une grande ferme, à environ un kilomètre de chez nous, en direction du village, dans des conditions plutôt primitives. Nous l’appelons la Petite femme aux œufs car c’est chez elle que nous achetons des œufs frais. Elle n’a plus qu’une dent, elle est toute petite et toute bossue et même si c’est irrespectueux de dire cela d’une personne difforme qui, en outre, a une case vide, je crois bien que c’est la femme la plus laide que j’aie jamais vue.

VOUS AIMEZ LE LAPIN?
Quand nous allons chez elle pour chercher des œufs, on bavarde souvent un peu. Ou plus précisément, nous analysons ensemble la question qu’elle nous pose pour lui répondre tant bien que mal. Vous avez des animaux ? Non. Vous avez bien taillé les plants de tomates que je vous ai donnés ? Non. Vous aimez le lapin ? Non. Voudriez-vous acheter mon coq ? A une distance d’une vingtaine de mètres, nous regardons pleins de curiosité un coq magnifique, et là, c’est autre chose, quelle beauté. Grand, fort, fier, un vrai coq. Nous comprenons qu’elle en demande vingt euros. Je fais discrètement remarquer à Emilie que ce n’est rien, pour une si belle bête, car depuis que j’habite ici, je suis au courant de tout et de rien. « Dix », négocie Emilie avec âpreté ; elle a apparemment en tête ce que devrait être le prix d’une telle volaille emballée sous cellophane à l’Intermarché. « Quinze ! » Il est clair que la Petite femme aux œufs nous comprend très bien en ce moment. Emilie me tire par la manche. Je lui dis : « Quinze euros, c’est donné, à mon avis, mais pas avant avril ». Nous avons en effet convenu de ne pas avoir d’animaux avant le printemps prochain. Cinq minutes plus tard, nous nous retrouvons dans notre voiture, pouffant de rire. Nous avons acheté un coq, sans même savoir comment il chante.

Quelques jours plus tard, le samedi, nous nous arrêtons à la ferme d’Yvonne, car nous avons gardé la bonne habitude que nous avions à Amsterdam de manger des œufs au plat avec du lard pour notre petit-déjeuner dominical. A une certaine distance, je vois Emilie qui frappe à la porte, donne un euro et reçoit les six œufs. Puis, elle recule d’un pas et jette un regard vers la voiture, un regard que je ne comprends pas. Et voilà qu’en moins d’une seconde, un bras osseux apparaît dans l’embrasure de la porte, tenant à la main un sac en plastic transparent dans lequel, du blanc jusqu’au rouge, toutes les couleurs des morceaux d’une volaille semblent se voler la vedette.

vertaling/traduction: Marieke Lodder
2016 Diagnostic cancer de la vessie. La chimiothérapie ‘faite à la maison’ a eu un effet immédiat. Zarautz, Espagne

Johannes van Dam était un critique de restaurant redouté. Les établissements renommés obtenaient parfois un quatre ou un cinq, mais pas ici, au contraire.

Samedi matin 8h30… Je reçois un appel, inutile de dire que je suis encore au lit. Sur le répondeur, j’entends la voix un peu huppée de Marja, une amie : « Johannes van Dam dans le Het Parool d’aujourd’hui, restaurant Alaferme un neuf plus. Félicitations et dors bien.. ».
Doucement un petit train passe dans ma tête. Il y a des gens très ennuyeux à bord, croyez-moi. En fait, il n’y en a même pas beaucoup, quelqu’un ferme le rideau, je vois aussi un professeur dont j’ai oublié le visage depuis longtemps. Je les saluent gentiment.
Non, c’est pas trop noble, dans les êtres humains, mais c’était une sensation très, très agréable.

Hans
Serre
Zaal/Salle
Plafond
Salon
Na het werk.
Après le sevice.
Le chef en pleine concentration, la vie est belle.

Désolé pour la photo mais c’est important. Avec mon pote Arjen et Yolan dans le Gers en France pour acheter des trucs à la brocante pour le futur restaurant. L’ambiance était bonne et apparement bien arrosée … Avec le propriétaire Bernard Ramounéda devant son restaurant Le Florida à Castéra-Verduzan. Plus tard, il a également cuisiné deux fois à Alaferme.

2017 Restaurant Aiten Etxe à Zarautz (Saint Sebastien). Désolé, le restaurant n’existe plus.